Entretien de Jacques Sapir au blog Horizons, tenu par Malakine. Horizons : Depuis plusieurs années, le protectionnisme a été défendu pour une mise en œuvre à l’échelle communautaire. Pourtant, dans un texte récent « Un an après » vous laissez la porte ouverte à un protectionnisme national. Dans l’idéal et d’un point de vue purement technique, quel serait le périmètre optimal pour une politique néo-protectionniste ? Jacques Sapir : Il est clair que, techniquement, plus grande et plus homogène est la zone qui se protège et meilleur en est l’effet. De ce point de vue, une zone qui correspondrait au noyau initial de la CEE me semblerait optimal. On pourrait sans doute y ajouter la Suède et le Danemark. Mais, nous sommes confrontés à deux problèmes : - Tout d’abord le démantèlement d’une partie de la protection sociale tel qu’il est organisé en Allemagne par les lois qu’a fait voter le chancelier Schröder et que Mme Merkel n’aura de cesse de renforcer dans son alliance avec les […]
Le scandale des bonus 2008 et 2009 Par Laurent Pinsolle, porte-parole de Debout la République En France, la nouvelle est passée un peu inaperçu du fait des polémiques récentes. Pourtant, elle mérite d’être soulignée tant elle est en décalage avec les grands discours des dirigeants du G20 : les bonus des banques vont battre des records en 2009. Un double scandale « Nouveau Bretton Woods », « moralisation du capitalisme », « plus jamais ça » : il semblait qu’après l’effondrement du système financier de l’automne 2008, nous étions rentrés dans un autre monde. Pourtant, cet article du Monde a le mérite de montrer que les choses n’ont pas changé. Aux Etats-Unis, en 2009, le montant des bonus pour les traders devrait battre le record de 2007. Ce ne sont pas moins de 140 milliards de dollars qui devraient être distribués par les banques ! L’information qu’a révélée le Wall Street Journal est doublement choquante. Tout d’abord, on apprend que les bonus 2009 dépassent de 20% ceux de 2008, […]
Deux ou trois choses que je sais de la crise, par Jean-Paul Fitoussi Le Monde, 24 septembre 2009 La croissance du PIB est redevenue positive, les Bourses reprennent leur ascension, les banques renouent avec les profits et l’on commence à affirmer, de façon de plus en plus pressante, l’exigence du retour au monde d’avant. Il faudrait au plus vite mettre en oeuvre une exit strategy. L’expression ne signifie pas, comme on pourrait le croire, stratégie de sortie de crise, mais stratégie de sortie de l’Etat des affaires économiques. L’accumulation de dette publique comme celle de liquidités font renaître la crainte même qui a présidé à l’organisation du monde d’avant, celle du retour de l’inflation. Que ces accumulations soient conséquences de l’errance des marchés ne change rien à l’analyse tant on a tôt fait, dans un monde déserté par la mémoire, de rendre les effets coupables des causes. Prendre au sérieux cette exigence conduirait en réalité à cultiver les germes de reproduction de […]
A quoi joue-t-il, mais, question encore plus intéressante, qui sert-il ??? Hier, un de mes "correspondants Facebook" a attiré mon attention sur un article du Monde du 23 septembre, Moi, Mustapha Kessous, journaliste au Monde et victime de racisme, et m'a demandé ce que j'en pensais. Ma réponse a été celle-ci : "Faut-il avoir un avis sur cet article ? Il n'y a pas de question posée, je n'ai donc pas d'avis. Par contre je peux te dire les pensées qu'il fait naître. Je suis persuadée que les difficultés rencontrées par ce journaliste ne sont pas dues à un soi-disant racisme français, parce que j'ai pas mal d'amis d'origine algérienne plus âgés que lui qui n'ont jamais eu ce genre de soucis. Je pense qu'il paye la dégradation de l'attitude d'une bonne part des jeunes issus de l'immigration, dont, hélas, on ne cesse de parler (émeutes, agressions en bandes ) et qui créent une suspicion qui se généralise et qui va, forcément, conduire au racisme. D'autre part, je me méfie énormément […]
Liquidité et fluidité excessives, à la racine de la crise par André Orléan, Le Monde, 18 septembre 2009 Quand on observe la liste des chantiers proposés à Londres par le G20 aux fins de "renforcer le système financier", on ne peut manquer d’être impressionné par l’ampleur de la tâche. C’est la totalité de l’encadrement institutionnel et réglementaire des activités de marché qui se trouve critiquée : de la politique des banques centrales à la réglementation prudentielle en passant par les normes comptables, les pratiques de rémunération, les agences de notation, les produits dérivés, les fonds spéculatifs, la titrisation ou encore les paradis fiscaux. Cette ampleur est à proportion de ce qu’a été la crise : hors normes, touchant à l’intégralité des acteurs et des marchés, hormis la dette publique des grands pays développés. Il est cependant un élément qui échappe à la critique vigilante du G20, à savoir le principe concurrentiel lui-même. Il faut même dire plus : ce projet de […]
Une rentrée économique pour le moins préoccupante Par Jean-Pierre GÉRARD, Vice-Président de DLR, ancien membre du CPM, président de N°1 mondiaux de l’UE, chef d’entreprise La quasi-totalité des analystes économiques (le fameux consensus d’experts cher à Jean-Claude Trichet) acceptent l’augure d’une reprise de l’activité. Chacun y va de son intense satisfaction. C’est grâce au plan de relance, c’est grâce à l’action du chef de l’Etat. C’est grâce à la politique monétaire de la FED, de la Banque Centrale Européenne. Bref les satisfécits de pleuvoir d’autant plus drus que les mêmes n’avaient rien vu venir et n’ont pas compris et ne comprennent toujours pas, que rien n’est réglé. La morphine monétaire a fait son effet mais l’ensemble du monde est devenu monétaro morphinomane, sans que qui que ce soit envisage de changer son style de vie, son rôle dans le monde et surtout n’abandonne les dogmes et théories stupides, qui utiles pour soutenir la réflexion comme toutes les théories, se […]
Vendredi, les marchés ont terminé au plus haut depuis le mois de novembre dernier. Le CAC 40 a dépassé le cap des 3600 points, mille points de plus que début mars ! Certains parient sur un niveau de 4000 points en fin d’année. Quel est le sens de cette hausse ? Pourquoi une telle progression ? Certes, le PIB de la zone euro a seulement baissé de 0,1% au deuxième trimestre (contre 2,5% au premier), mais la remontée de la bourse semble complètement déconnectée de l’économie réelle par son ampleur. Il y a pourtant deux bonnes raisons pour justifier le bond de près de 40% des indices boursiers depuis leur point bas, atteint il y a cinq mois et demi. Tout d’abord, la baisse était excessive. Beaucoup d’entreprises se négociaient à des cours dérisoires par rapport à leur valeur réelle : le marché est aussi excessif à la hausse qu’à la baisse, et on peut considérer qu’il y a un effet de rattrapage derrière cette hausse. Ensuite, la deuxième raison est que les nouvelles économiques sont […]
Le casino de la finance tourne toujours plus vite… Moins d’un an après la quasi-faillite du système financier international, du fait de ses excès, on a du mal à y croire, mais rien ne semble changer, comme le montre l’actualité récente sur les bonus. Pire, de manière discrète, les innovations qui pourraient mener au prochain krach semblent déjà inventées… Rien ne change Nicolas Sarkozy avait promis un « nouveau Bretton Woods » et une « refondation du capitalisme ». Dans la réalité, rien ne se passe. Même l’hebdomadaire ultralibéral The Economist s’impatiente en constatant la lenteur de la réforme du système financier, dénonçant notamment la responsabilité de l’Europe, qui freine toute évolution. Les leçons de cette crise devraient donc se limiter à une modification des normes prudentielles pour contraindre les banques à mettre davantage d’argent de côté. Malheureusement, les lobbys financiers font déjà pression en soulignant qu’une remontée trop abrupte limiterait leur capacité à […]
Halte aux excès de la finance internationale Par Stéphane Madaule, Le Monde, 17 août 2009 Bonus or not bonus ? That is the question... qui agite les esprits en cette période estivale. Les sommes provisionnées par les grandes banques françaises afin de rémunérer leurs traders sont-elles conformes aux recommandations du G 20 d’avril à Londres ? Ont-elles un caractère moral ? S’agissant de la seconde question, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le monde de la finance et celui de la morale n’ont rien de commun. Si le monde de la finance a légitimement pour objectif de faire le plus de profits, on comprend aisément que ce sont uniquement les règles que le pouvoir politique lui impose qui sont plus ou moins aptes à lui donner un soupçon de moralité. Or c’était justement un des objectifs du G 20 de Londres : interdire les excès de la finance internationale afin d’éviter que l’économie réelle, qui n’a rien à voir avec ces pratiques, ne paie les pots cassés d’une […]
Frédéric Lordon, architecte d’un nouveau monde financier C’est bien tout l’intérêt de l’ouvrage de Frédéric Lordon que d’aller plus loin que le simple constat et de chercher à structurer des propositions très concrètes pour réformer la finance. Les coupables L’auteur en profite pour attaquer tous ceux, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, qui ont présenté les Etats-Unis comme un modèle économique. Leurs bons résultats des dernières années ne sont que la conséquence d’une pyramide de dette. L’endettement des ménages atteint 120% de leurs revenus aux Etats-Unis et 140% en Grande-Bretagne contre 68% en France. Il cite une étude de Jacques Sapir qui montre que la dette a augmenté la consommation de 2,4% par an de 2002 à 2007. Il s’attaque également aux pays européens en affirmant que « la politique économique étasunienne laisse les inepties de laisser-faire à l’usage des gouvernants européens suffisamment crétins pour les prendre au sérieux ». Il fustige les socialistes, « ne […]
Jean-Luc Gréau, « La trahison des économistes », Gallimard Jean-Luc Gréau contre le néolibéralisme Après « l’avenir du capitalisme », où il annonçait, dès 2005, le risque d’une crise financière et prenait position pour une meilleure régulation des échanges commerciaux, Jean-Luc Gréau revient avec un nouvel opus où il règle ses comptes avec la pensée néolibérale avec brio. La dénonciation des idées reçues Jean-Luc Gréau n’est pas content, et cela fait plaisir à lire ! C’est avec un talent de conteur inédit qu’il décide de s’attaquer aux idées reçues de notre époque. La première à subir un sort est le modèle de développement des pays asiatiques, dont il souligne qu’ils combinent « des marchés intérieurs fermés aux biens de consommation étrangers et des productions nationales tournées vers l’exportation ». Ce modèle, inventé par le Japon, puis copié par la Corée, Taiwan ou maintenant la Chine, assure un développement économique par l’association du protectionnisme et du libre-échange […]
Entretien d'Emmanuel Todd à la revue L'Ena hors les murs, "Le monde face à la crise, n° 389, avril 2009. Emmanuel Todd occupe une place à part dans le paysage intellectuel français. Il ne fait partie d’aucune de ces chapelles, coteries ou « écoles de pensée » qui se partagent les rôles dans les médias ou à l’université. S’il ne recule pas devant la polémique, il demeure résolument indépendant et oriente ses flèches acérées aussi bien vers la gauche que vers la droite. Ce refus des cloisonnements, cette capacité à décentrer le regard, à penser autrement, à sortir du cadre, il les tient probablement aussi bien de sa famille que des grands auteurs qui l’ont marqué. Côté familial, il est le fils d’Olivier Todd, le petit-fils de Paul Nizan, et est également un petit-neveu de Claude Levi-Strauss. Quant aux influences intellectuelles extra-familiales, on peut citer, parmi beaucoup d’autres, celles de Montesquieu, de Tocqueville, de Durkheim et d’Aron. Il ne construit pas ses réflexions […]
Entretien d'Emmanuel Todd à La Tribune, 24 juillet 2009. La Tribune : La crise a révélé de nombreux dysfonctionnements dans l'économie et la finance, vous semble-t-il qu'on en tire les leçons pour le monde de demain ? Emmanuel Todd : Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise. Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance... Dans la première phase, il y a bien sûr […]
Jacques Sapir - économiste C'est l'estimation de Jacques Sapir. Selon l'économiste, l'impact sur l'emploi du libre-échange inégal représenterait au moins la moitié des 8,3% de chômage constatés avant la crise. Sans compter les 2 millions de nouveaux chômeurs constatés depuis le début de l'année, victimes directes d'une crise du libre-échangisme. Taux de chômage en europe en janvier 2009 L’impact de la crise actuelle vient s’ajouter à la pression des délocalisations qui pèse sur l’industrie française depuis maintenant à peu près une dizaine d’années. L’évaluation précise du coût en emploi de cette pression, issue du libre-échange dans les conditions présentes, soulève plusieurs difficultés. En effet, tout d’abord il faut savoir qu’un emploi dans l’industrie a un impact direct sur des emplois dans les services, ce qui est toujours vérifié lors de plans sociaux industriels importants. Mesurer l’impact des délocalisations uniquement sur les emplois industriels sous estime […]
« La politique de l’euro fort pénalise la France » LE BAC VU PAR Libération.fr a proposé à plusieurs personnalités de se prêter à un exercice libre à partir des sujets du bac. Ce mardi, l’économiste Bernard Maris a joué le jeu en planchant sur la dissert du bac ES. Voici sa copie. En même temps que les élèves et en un temps record (1h32), l’économiste Bernard Maris, auteur notamment de l’Antimanuel d’Economie (tome 1 et 2), a planché sur le sujet de dissertation proposé ce mardi matin aux candidats au bac ES. Rappel du sujet : Dans quelle mesure les pays membres de l’union économique et monétaire (UEM) disposent-ils de marges de manœuvre suffisantes en matière de politique économique ? Par BERNARD MARIS, économiste et essayiste Les membres de l’UEM (la France, l’Allemagne) ont connu par le passé des périodes inflationnistes dramatiques. Le choix de la stabilité monétaire et de la monnaie unique vise à supprimer les risques inflationnistes et organiser une concurrence entre ces […]
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